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Kente Gentlemen, un engagement pour des tissus africains authentiques

Aristide Loua, fondateur de la marque unisexe maintient son engagement et signe dans cette nouvelle collection une nouvelle esthétique pour les  tissus traditionnels qui semblent souvent difficiles à adapter au prêt-à-porter.

Dans son interview à ELLE, il explique sa détermination :
Avant le pagne tissé, j’avais l’ambition d’utiliser le pagne wax. Ma mère m’avait envoyé des chemises en wax lorsque je résidais à New-York. Je n’étais plus retourné au pays depuis plus de dix ans, et le fait de recevoir ces chemises m’avait beaucoup ému. Cela m’a donné l’idée d’en faire plus, pour servir la diaspora, tout comme moi, et donc créer une marque. Mais à mon retour au pays, en décembre 2015, et après plusieurs mois de recherches, j’ai pu découvrir que le pagne wax qui se vend ici, n’est pas de chez nous. Pour rester dans notre vision première, d’emprunter les matières et compétences locales, j’ai préféré opter pour le pagne tissé, sans non plus carrément ignorer le wax qui fait partie prenante de notre héritage socio-culturel.

Crédits photos : Alexandre TAKO 

Quelle est la méthode utilisée par les artisans pour obtenir ces couleurs ? 
La plupart des tisserands utilisent des produits chimiques, assez sains et biodégradables, pour obtenir ces couleurs et faire en sorte que le pagne les garde après plusieurs lavages. Certains utilisent des minerais, des écorces d’arbres, ou des feuilles d’indigo. Ce qui se faisait notamment dans le passé. Mais il m’a été relayé que malheureusement ces traditions-ci ont été perdues avec le temps, faute d’archivage académique, surtout par voie écrite. À présent, les teintures ou colorations se font plus de manière chimique que végétale ou minérale.

On sait que c’est que le tissage traditionnel prend énormément de temps, arrives-tu à satisfaire la demande ?
Oui, on arrive à satisfaire la demande. On a toujours des pagnes en stock. On essaie toujours d’en faire avant même que les commandes soient passées. Tant qu’il y aura des artisans ou des tisserands, et les moyens financiers pour produire ces pagnes, on pourra satisfaire n’importe quelle demande.
Je pense que toute pièce se doit être unique. Et ce sens, il y a aussi une plus-value de savoir que telle pièce ne pourra jamais se reproduire au millième près

Quelles sont les difficultés que tu rencontres au niveau de l’usage du pagne tissé ?
La conformité dans le design. Il y aura plus au moins un décalage dans le contraste des couleurs d’un pagne comparé à un autre. Par contre, il faut vraiment avoir une loupe pour le remarquer. Mais cela n’est pas vraiment un défaut. Au contraire. Je pense que toute pièce se doit être unique. Et ce sens, il y a aussi une plus-value de savoir que telle pièce ne pourra jamais se reproduire au millième près. Ce qui est d’ailleurs le cas pour toute pièce faite à la main, voire même de façon industrielle.

Si l’on industrialise, à grande échelle, le pagne tissé en question perdra sa valeur intrinsèque. Il n’y aura plus d’artisanat. Le pagne deviendrait comme tout tissu conventionnel qui se vend dans les tous les marchés. On en oublierait les traditions et techniques qui ont été relayées de générations à générations, et ce, depuis le 15e siècle.

“Si l’on industrialise, à grande échelle, le pagne tissé en question perdra sa valeur intrinsèque.”

Métier à tisser

Penses-tu que ce secteur a besoin d’être industrialisé ? Si oui comment ?
Industrialisé, non. Mieux organisé, oui. Si l’on industrialise, à grande échelle, le pagne tissé en question perdra sa valeur intrinsèque. Il n’y aura plus d’artisanat. Le pagne deviendrait comme tout tissu conventionnel qui se vend dans les tous les marchés. On en oublierait les traditions et techniques qui ont été relayées de générations à générations, et ce, depuis le 15e siècle. Personnellement, je pense aussi qu’il y a de la beauté, de la poésie, et même de la noblesse à tisser le pagne à la main, tout comme un sculpteur qui taille et travaille son bois, ou un boulanger qui prépare sa farine et son eau avant de cuire son pain. Quand on observe le tisserand a l’œuvre, on entend une belle musique avec les fils qui passent et s’entremêlent, les bois et outils qui se tapent ou se frottent, et l’on ressent aussi la fierté de l’artisan dans la maîtrise de tout son art. Le focus devrait être plus sur comment améliorer les conditions de vie, de travail, et d’organisation des artisans. Aussi, porter l’accent sur la protection de cet héritage culturel et améliorer l’accès à des outils et des matières premières de qualité.

Ta démarche, est-elle purement esthétique ou culturelle ?
Je prête beaucoup d’attention aux deux aspects. Je crois fermement que le continent Africain et son peuple est capable de créer de très belles choses venant de ses propres cultures et traditions. Et sans grande prétention, il nous revient de le démontrer aussi bien par nos petits moyens.

Qui est le ou la cliente Kente Gentlemen ?
Tout le monde y est invité. Mais si je devais définir le client type, je dirais une personne jeune, dynamique, cultivée, qui a un goût pour l’art, le voyage, l’Afrique, et  qui est consciente des origines et valeurs de ce qu’elle consomme

Comment les gens perçoivent tes créations ?
Chacun aura le droit de penser ce qu’il ou elle veut. Mais si je devais vraiment répondre à la question, je donnerais cette petite anecdote… Je me souviens d’un ami photographe, Dadi, qui m’avait dit que notre marque apporte un nouveau souffle au pagne tissé. Et cela m’a beaucoup ému. En effet, j’espère que l’on va réussir à éveiller une conscience ou un attachement plus profond à nos cultures et traditions, en réalisant des créations assez contemporaines, mais qui proviennent de matières dites traditionnelles. C’est tout l’objectif de la marque.

Adoptez le look, commandez vos pièces ici.

La nouvelle collection SODADE 
Sodade est une collection qui  traduit les similitudes entres les couleurs et les émotions. Chaque couleur est une émotion. Le bleu représente l’espoir. Le rose, la romance. Le jaune, le bonheur. Et qui dit couleur sombre, dit chagrin, ou désespoir.

“Parfois, je ressens un peu de romance, une goutte de poésie, lorsque j’éprouve tant d’espoir pour un futur radieux. D’autres fois, je me réjouis de bonheur, même si j’ai l’âme plongée dans un océan de chagrin. Et ce dernier contraste d’émotions peut se traduire par un ensemble veste et pantalon, tout en couleur sombre, mais dont les rabats de poches et la doublure sont plutôt en couleur jaune. J’essaie de normaliser, d’accepter et de ressentir toute émotion à sa juste valeur. C’est bien de ressentir les choses telles qu’elles sont. Malheureusement, nous avons tendance à nous torturer lorsque nous n’apprécions pas nos émotions, tout en nous forçant de les effacer, de les ignorer, voire même de les discréditer. Notre société actuelle nous dicte de nous sentir heureux, de sourire ou de penser positivement, et ce à tout moment. Mais cela est toxique : on ne peut pas être heureux tout le temps. Et j’essaie à ma manière d’expliquer tout cela avec cette collection, d’explorer toutes les émotions que j’ai ressenti depuis quelque temps. Et au fond, je crois aussi que la mode, c’est ce que vous en faites. Mais cela est toxique : Lorsque vous avez les moyens ou le luxe de porter exactement ce que vous êtes et ce que vous voulez de votre vie, vos vêtements deviennent le reflet, l’exutoire de votre être, de votre personnalité, de votre style, de vos rêves et très certainement de vos émotions.” Aristide Loua, lire toute l’interview ici.

Crédit photo : Joshua Akissi

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