Lors de la présentation du Look Book PE17 , nommé “Mirror Mirror” le designer Siyethemba Duma (l’alter ego de Matte Nolim) a décrit celle-ci comme étant une collection pour laquelle il souhaite vraiment que toutes les femmes se reconnaissent en la portant.

Le créateur, qui salut son incroyable équipe artistique, avoue que certaines personnes ont décrit sa collection comme étant très « Occidentale ». Il reprend: « La plupart des gens ne connaissent pas mon visage et essayent de deviner à quoi je ressemble (Rires). Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis toujours l’opposé de leurs attentes. Je pense que cela a réveillé le Zoulou en moi : « Haaayi Nina » (Hey vous!) il n’y a pas plus noir que moi!”

C’est à l’occasion d’une interview que nous sommes rentrés dans l’univers du designer. Nous avons parlé de Philip Lim, du minimalisme, de son amour pour les femmes, mais aussi des inspirations derrière son genie créatif !

Préparez-vous pour à découvrir son grand sens de l’humour et bien-sûr ses creations.

Bonjour Siyethemba! Merci de prendre le temps de faire cette interview avec moi ! Quelle heure est-il à Johannesburg?

19:48, je reviens de ma sieste d’une heure et je suis sur le point de me mettre en mode “ Night Shift” (travail de nuit).

Quand on vous demande: «Que faites-vous?», Que leur dites-vous?

Je ne dis jamais que je suis un designer de mode, jamais! Je pense que ce terme peut être utilisé par toute personne qui pense être créative et qui aime les vêtements. (Rires) C’est utilisé avec tant de légèreté. Je deviens donc confus et dis: « Je fais des vêtements pour femmes ».

Quelle est l’inspiration derrière le nom Matte Nolim?

Matte Nolim n’est pas mon nom de naissance, ni mon nom de famille, bien que beaucoup le pense. En réalité, c’est mon Alter Ego. J’ai l’habitude de dire que c’est mon “patron” et tout le monde en rit !

Vous avez créé Matte Nolim en 2013, après votre stage et votre diplôme en poche. Parlez-moi un peu de cette période de votre vie. Quelles leçons en tirez vous ?

2013 a été un moment intéressant dans ma vie. Tous mes pairs sont allés chercher un emploi en entreprise afin de mettre leurs qualifications à bon usage. Je ne pouvais pas appeler un autre homme « Boss », mais j’ai essayé pendant 3 mois pour réaliser que je ne pouvais pas économiser l’argent comme je l’espérais. Mon 3ème mois de travail, j’ai démissionné !
J’ai omis de payer le loyer de mon logement. Je suis rentré à la maison avec l’argent pour, par la suite, j’a acheté ma propre machine à coudre. Il ne m’a pas fallut longtemps avant de commencer à gagner de l’argent.
J’ai travaillé dans un petit coin au fond d’une boutique de tissus où je payais un petit loyer, les clients de la boutique sont devenus les miens et c’était très bien pour moi. Je me suis rendu compte que je pouvais gagner ma vie par mes propres moyens. C’est ainsi que tout a commencé.

Vous êtes originaire de Kwa-Zulu-Natal, et vous vivez maintenant à Johannesburg. Pensez-vous qu’avoir vécu dans ces deux endroits a influencé votre travail de quelque façon que ce soit?

Totalement! Si vous regardez ce que je faisais une fois rentré chez moi et qui je vois comme mon marché cible, comment je décris la femme Matte Nolim, la langue que je parle maintenant, et les choses que je dis sur mon marché cible… Il va sans dire qu’un jeune homme issu d’un milieu rural s’est frayé aisément un chemin et s’est d’adapté à la vie citadine.

Comment grandis-tu à Kwa-Zulu-Natal? Quels sont tes plus beaux souvenirs?

Tout d’abord, ma mère me manque beaucoup en ce moment! Kwa-Zulu-Natal (KZN) est une province très rétirée. C’est une region qui permet aux rêveurs de rêver et de voir au-delà des montagnes. Mes meilleurs souvenirs sont ces moments où, je passais mon temps à rêver de choses que je vis aujourd’hui. Je voulais que mon travail soit vu par le monde et pas seulement par ma mère et moi-même. Je la réveillais à 4h du matin pour lui montrer ce que j’avais fait alors qu’elle dormait (Rires) pauvre femme !

[À ce moment précis, sa mère lui envoie un message texte]

(Rires) Elle vient de m’envoyer un texte demandant si je vais bien (Rires de nouveau) #moments

Parlez-moi de votre processus créatif ? Quelles sont les étapes que vous prenez lors de la présentation d’une nouvelle collection?

Très bonne question ! Je dois trouver la bonne idée pour la direction artistique et le message que je veux envoyer. Je travaille sur ma demarche artistique toujours autour d’une idée de minimalisme, accompagné d’une légère expression dramatique pour ne pas perdre le sens esthétique. Voilà comment je procède.

Une fois que cette étape est claire, Dieu guide le reste à 100%! Les idées fusent et m’étonnent moi même puis je commence à m’extasier face à mes créations… un peu comme un enfant !

Vous êtes-vous jamais trouvé dans une situation où vous vous demandiez «mais qu’est-ce je fais ici? » Quand vous êtes dans le processus de création? Comment réussissez-vous à vous détendre de façon créative?

Cela arrive à la plupart d’entre nous surtout avant qu’une grande idée ne prenne vie. Mais j’ai appris une chose qui est: Je sais pourquoi je fais de la création…

Qui ou quoi vous influence?

Les femmes, les femmes, les femmes! Les femmes sont mon carburant! J’ai besoin d’être entouré par de belles femmes élégantes afin de créer de beaux vêtements.

Mon parcours a été un peu étrange car tout d’abord, j’ai pensé que ce n’était qu’une femme qui avait la clé pour reveler ma bête [intérieure] puis, plus tard, j’ai realisé que j’avais juste besoin de trouver une femme attirante.
Ce sentiment est mon échappatoire à ce que j’appelle le “Designers Block” . J’ai juste besoin de savoir ce qu’elles veulent et qui mieux qu’une femme peut m’aider à le découvrir? Vous me suivez?!

Y at-il des designers, actuellement, dont vous admirez le travail? Si oui, pouvez-vous nous dire lesquels ?

Je suis fidèle à ceux qui m’ont influencé au début; Victoria Beckham est mon inspiration. Elle a construit une marque forte en peu de temps… personne n’aurait pu le predire.

Un autre designer, Phillip Lim. Il est comme le père que je n’ai jamais rencontré (Salut @ 31philliplim). Je l’étudie depuis 2013; Son succès est tout aussi remarquable. En 5 ans, sa marque est devenue l’une des meilleures. Je souhaite la même chose pour moi !!!

Je suis tellement heureux d’être de cette génération de jeunes designers qui font de grandes choses. Nous avons maintenant internet où nous pouvons voir le travail de chacun; Nous n’avons plus besoin d’attendre des semaines de la mode.
Je suis inspiré par toutes ces jeunes marques que nous avons aujourd’hui et qui créent du prêt à porter avec du caractère. C’est ce qui me pousse à créer quelque chose de jeune et frais. Internet devrait être ma maison; J’y navigue tout le temps!

Quel est l’endroit à Johannesburg, que vous recommanderiez fortement de visiter?

Mmmm Braamfontein? !! c’est une partie plus vivante et jeune. La plupart des gens finissent là-haut finalement (Rires) Donc oui Braam.

Parlez-moi d’une journée typique à Matte Nolim.

ALLER AU LIT: Avec un planning pour le lendemain en A, B, C, D …

06: 00- Reveil: Écoutez de la musique inspirante.

Commencer avec mes A, B, C, D’s

10h00: Quelque chose d’inattendu se produit: Un magazine a besoin d’échantillons pour un shooting.

12:00: Alors que je fais probablement mon B ou C (coudre ou faire de l’administration), une commande arrive et doit être preparée puis expédiée la même semaine.

14h00: Retour des échantillons d’un autre Magazine ou un coursier vient chercher des colis pour des clients

17:00 – 18:00: J’ai besoin de faire une sieste pendant une heure pour récupérer de l’énergie et rattraper les choses inattendues qui ont surgis dans ma journée.

20:00: Je suis prêt à partir! Je commence à tout ranger ou à préparer les A, B, C et D de demain et déléguer ce que je peux.

Ce n’est pas du tout glamour (Rires)

Vous travaillez avec différentes matières pour créer vos collections. Quel est votre matière préférée et pouvez-vous me parler technique lors de la création d’une collection?

J’avais l’habitude d’aimer des tissus «mat» comme le scuba qui est un tissu spécialisé pour les vêtements de plongée (rires). Puis j’ai découvert les multiples possibilités du satin duchesse. Douce et brillante… elle est de toute beauté !

Cette matière est remarquable car elle a une belle structure et un beau volume ce qui s’accorde parfaitement avec mon sens esthétique. Elle est très importante pour moi.

Y at-il des matières avec lesquels vous n’avez pas encore travaillé et que vous aimeriez essayer?

J’ai joué avec du velours à l’université mais j’ai récemment été « touché » par elle encore une fois et je la travaillerai bientôt. J’ai également acheté un rouleau de denim avec revêtement en plastique; Il y a quelque chose là aussi, mais pour l’instant, je fais des expériences.

Par quoi êtes-vous inspiré le plus en ce moment – Y a t-il des choses particulières que vous lisez, écoutez ou regardez qui influencent votre travail?

Je suis actuellement obsédée par l’esthétique africaine à travers le continent, à commencer par ma propre tribu, bien sûr, et j’ai nommé le concept «Minimalisme moderne africain». Je ressens beaucoup d’énergies positives dans les tendances africaines particulièrement à travers la musique.

Nommez une chose dont vous ne pouvez vous passer?

Mon rêve et les outils qui me permettent de les rendre réels. #mamort

Nommez-moi une personne célèbre / personnes vivantes ou mortes que vous inviteriez à dîner.

Ralph Lauren

Quelles sont les plus grandes luttes auxquels vous avez eu à faire face depuis que vous êtes designer de mode et comment les gerez-vous?

Voici ce que certaines personnes pensent quand vous faites des robes: « Oh ma grand-mère était aussi designer. » (Rires) Non, non, non !!! Je n’aime pas vraiment cette comparaison.

Mais blagues à part!

Parfois, les gens ne valorisent pas les compétences que nous [les designers] mettons à l’oeuvre lors de la conception de ces pièces. Ils veulent négocier sur nos prix alors qu’ils n’oseraient jamais le faire pour une marque connue.
C’est le respect que nous recherchons, en tant que designers. On ne souhaite pas compromettre le travail auquel nous rattachons nos noms. Nous ne pouvons que fixer nos propres normes, être ferme et correctement commercialiser nos produits.

Voyez-vous votre travail comme autobiographique? Et pensez-vous que votre histoire personnelle influence votre genie lors de la création d’une collection?

Cette question est si belle! J’ai toujours vu ma vie comme un film et certainement les choses que j’ai vécu ont façonné mes vêtements; Je suis juste chanceux que les gens s’y rapportent. Peut-être n’avez-vous pas remarqué, mais il y a toujours un petit moment de drame avec moi! Cela se voit aussi dans mes vêtements.

D’après vous, de quelle pièce les femmes devraient se débarrasser?

Je dirai le leggings mais j’ai peur d’être tué! (Des rires). Les femmes aiment cette pièce alors laissons-les avec…(Rires)

De quoi êtes-vous le plus fier?

Je dirai d’avoir réussi à rendre mon projet possible. Ce ne fut pas chose facile. Je suis sûr que les récompenses vont être bonnes, mais être resté coincé tout ce temps, m’a fait réaliser quel genre de personne je suis. Et pour le moment je suis fière du resultat.

Comment vous détendre après avoir terminé une collection?

C’est délicat. Je suis souvent confus… Vous voulez célébrer, mais vous vous demandez ensuite « Est-ce le bon moment? » Vous voulez sortir, mais vous devez vous reposer. Ce moment ressemble toujours à un chat qui est invité à choisir entre le lait et le poisson pour finalement tomber mort et dormir!

Quel impact souhaitez-vous que votre marque ait sur les gens?

J’aime beaucoup vos questions!

Je veux que les gens comprennent mieux le « minimalisme »; Au delà d’une conception qui semble simple, en réalité, il y a plus. Les vêtements ne doivent pas être timides ou bruyants… sans âmes. Ils ne devraient pas subir le jugement rapide de quiconque.

Je souhaite que ma marque permettent aux femmes de se sentir spéciales, et aussi que les gens aient toujours cette réaction: “il y a quelque chose de plus chez elle” quand ils voient une femme dans l’une de mes créations.

Comment voyez-vous l’avenir de Matte Nolim?

J’ai besoin de prendre cette chose [ma marque] à l’étape supérieure. Elle doit être presentée dans les grandes capitales de la mode et aux acheteurs du monde entier. Je souhaite qu’elle soit la première marque de mon pays à être comptée comme l’une des meilleures au monde.

Pouvez-vous me dire, pourquoi faites-vous ce que vous faites?

J’aime beaucoup les femmes, elles m’inspirent.

Travaillez-vous sur quelque chose de spécial en ce moment?

Ma collection Automne / Hiver pour la saison prochaine, mais pour l’instant nous pensons seulement à terminer l’année sur une bonne note.

Pouvez-vous vous souvenir du meilleur conseil que vous avez reçu? De qui était-il?

Attendez! (Rires) Cet interview est la meilleure que j’ai eu. Vos questions me donnent envie de vous poser des questions aussi! (Des rires)

Quoi qu’il en soit, il vient d’un designer sud-africain, Thula Sindi qui a dit: “Vous devez TROUVER à quel niveau de l’industrie il y a un réel besoin auquel vous allez répondre en tant que designer et non forcer votre “quelque chose de spécial” …”
Cette seule remarque m’a beaucoup frappé. Je me suis assis et je me suis dit: qu’est-ce que je fais? Je visais la femme plus âgée, mais je n’avais aucune interaction avec elle; Nos vies étaient différentes, j’étais si jeune, alors créer des vêtements pour une clientèle plus agée et reservée que je ne connaissais pas?
J’ai changé de direction et j’ai commencé à regarder les femmes autour de moi; Les jeunes femmes ou les jeunes filles qui allaient devenir les Femmes de demain.

Quelle est la seule question que vous souhaiteriez que l’on vous pose dans une entrevue, mais qui ne vous a jamais été posée?

(Rires) La question précédente!

Et enfin, tout conseil aux lecteurs qui veulent commencer leur propre ligne comme vous l’avez fait?

Vous ne trouverez pas du glamour si vous voulez être un designer. Parfois ça le sera. Et de temps en temps, on vous célébrera. Trouvez quel type de designer vous voulez être et apprenez à connaitre quel type de personne vous êtes.

C’est ce qui vous aidera dans votre aventure. Soyez prêt à faire beaucoup de sacrifices (pas seulement le sommeil). Enfin, il suffit d’aimer ce que vous faites et de comprendre votre industrie, pas seulement le cours auquel vous êtes inscrit actuellement. Xxx

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